Ahh, le client léger.

Celui qui accompagne les infrastructures Citrix notamment, et qui ne sert à rien s’il n’est pas relié à son serveur. Ce fameux client léger qui devait révolutionner l’informatique, et qui s’est retrouvé cantonné à un rôle de niche pour des applications très spécifiques dans des industries ayant des besoins très particuliers (vous là, dans le fond, les banques, assurances et autres, on pense à vous).

Retour rapide en arrière pour ceux qui sont nés il y a moins de 30 ans.

“Une architecture client-serveur où l’ensemble des calculs lourds sont exécutés à distance sur le serveur, mais affichés sur le client léger”

Le principe du client léger est de mettre en place une architecture client-serveur où l’ensemble des calculs lourds sont exécutés à distance sur le serveur, mais affichés sur le client léger. Très succinctement : la puissance de ce concept est que la maintenance applicative ne s’effectue que sur le serveur ; en contrepartie, sans connexion au serveur, le client léger ne sert à rien. Mais tout cela a un coût qui est très loin d’être négligeable…

Et là, je devine à votre regard que vous avez fait le parallèle immédiatement : oui, le client léger, c’est un des précurseurs du Cloud Computing (on parle plus précisément d’utility computing, ou la commoditisation de la ressource informatique – la version anglaise de Wikipedia présente le concept d’une façon assez satisfaisante).

On retrouve le même mode de fonctionnement (le navigateur internet s’est substitué au client léger), et les mêmes avantages en termes de maintenance. On ajoute en plus la flexibilité offerte par l’utilisation de terminaux non dédiés, la rapidité de déploiement, l’étendue du choix de solutions, un soupçon d’élasticité et de redondance… et on obtient le Cloud Computing.

Il reste la question de la tarification : dans le cas du client léger, il est nécessaire de mettre en oeuvre une architecture lourde, avec des expertises techniques très spécifiques, et du matériel lui aussi dédié. Le cloud en revanche est beaucoup moins sensibles à ces problématiques là : il n’est pas question d’avoir un terminal dédié spécifique, et la maintenance côté serveur est assuré par le fournisseur de service. Et puis, grâce à la mutualisation des ressources entre les clients, il est possible d’obtenir des tarifs très intéressants, et ce à la demande.

Et puis, n’oublions pas un effet puissant : la ré-utilisation du parc informatique logiciel et matériel. Nous ne sommes pas en train de dire que le client léger permettra de sauver la forêt amazonienne (ce serait mal connaître l’informatique); en revanche, l’adoption d’un modèle de service autour du client léger permet de reconvertir le parc existant d’ordinateurs portables en client léger, tout en réutilisant les licences logicielles chèrement acquises au fil des années.

Au final, on augmente la durée de vie du matériel existant, on profite d’une meilleure sécurisation des données (puisque stockées sur serveur, et donc sauvegardées et redondées), et on améliore la flexibilité d’utilisation des ressources informatiques (qu’est ce qui empêche l’utilisation du client léger sur une tablette, hormis la taille de l’écran ?).

Pourquoi parler de tout ça maintenant?

Amazon, et plus particulièrement sa division Cloud AWS, a annoncé voilà quelques semaines le rachat de NICE, un éditeur italien spécialisé dans les applications hautes performances, qui a construit son offre de services autour de 2 solutions :

– la gestion de ressources mises en réseau par l’intermédiaire d’un portail (Utility Computing)

– une solution d’exécution et d’affichage à distance des calculs lourds (Catia, jeux vidéos, etc…).

Quels impacts?

On a des impacts pour le marché grand public déjà : aujourd’hui, les calculs intensifs, ce sont les jeux vidéos, et les flux vidéos UHD (Ultra HD).

Mais surtout pour les entreprises !
Car avec cette acquisition, AWS gagne en crédibilité sur plusieurs points

  • Le HPC (High Performance Computing) en mode Cloud est de plus en plus utilisé par les entreprises liées au monde de l’ingénierie. L’utilisation ponctuelle de ressources hautement performantes permet de faire des simulations d’utilisation de produits dans des circonstances difficilement reproductibles, ou coûteuses à mener (tout ce qui a rapport à la simulation de contraintes mécaniques complexes notamment, comme les tests sous-marins, de portance en aéronautique, de résistance à la chaleur,…). Le mode “Cloud” dispense de l’achat de serveurs très couteux et utilisés 5% du temps.
  • La virtualisation d’un poste de travail ultra performant : NICE est un expert de la virtualisation d’applications très lourdes, et ses clients comptent parmi les références de l’ingénierie : Airbus, Audi, Fiat, Ferrari, McLaren,…

Ces solutions existantes, de niches mais couplées à l’offre AWS déjà commercialisée, ouvrent de nouvelles portes aussi bien pour AWS que pour ses clients. Car oui, AWS propose des services de Virtual Desktop depuis maintenant plus de 18 mois, des services qui ont plutôt bonne réputation ! Mais ils ne sont pas les seuls : on peut notamment parler de DotRiver, ou encore de dinCloud, XenDesktop, HorizonAir…Il s’agit très probablement d’une question de temps avant de voir apparaître de nouveaux services qui pourront concurrencer le nouveau portefeuille d’AWS.

Mais n’oublions pas un petit acteur qui propose déjà un service tout en 1, du terminal d’accès aux services applicatifs : Google.

Chrome, ChromeOS, ChromeBook : le nouvel espace de travail par défaut dans le Cloud?

En 2011, Google annonce le Chromebook, commercialisé par Acer et Samsung. Le principe ? Un ordinateur ultra-portable, à un coût très réduit (en général inférieur à 300€) qui mise tout sur l’autonomie et son système d’exploitation : Chrome OS.

Chrome OS se définit d’une façon très simple : prenez le navigateur Chrome, et faites en un OS dans le seul but est de permettre d’accéder à Internet, avec un minimum d’exécution en local.

La grande force de Chrome OS est donc de permettre à chaque utilisateur, en se loggant, de retrouver son espace Google, et d’utiliser l’ensemble des services SaaS qu’il désire.

Il s’agit aussi d’opérer une convergence quasi-totale des données entre tous les services Google, à commencer par Android et Chrome : en utilisant un service Google, chaque utilisateur retrouve, d’une machine à l’autre, l’ensemble de ces données…et pour cause, puisqu’elles sont toutes stockées sur Google Drive, le service de stockage Cloud de Google ! Pour les applications, l’utilisateur reste libre de choisir l’application qui lui correspond le mieux.

Tout n’est pas rose : les aspects de gestion de flotte sont encore à travailler, et il faut aussi accepter de passer chez Google…

Un autre inconvénient de taille est bien entendu l’inutilité totale de ce genre de machine face à des applications lourdes, comme la CAO, le montage vidéo, etc… Il est indispensable d’avoir une machine puissante capable d’exécuter ce genre de programmes et ça c’est non-négocia…

Une seconde.

Est-ce qu’il n’y a pas dans l’actualité récente une annonce qui vient changer ça? (pour ceux qui ont eu un week-end difficile, je vous remercie de bien vouloir relire le paragraphe précédent).

La démocratisation du client léger en entreprise?

Nous ne sommes pas en train de dire que le mois prochain, toutes les entreprises seront passées au Chromebook (ou pourquoi pas, un hypothétique Kindlebook d’Amazon ?), que les designers, les graphistes, les monteurs vidéos exécuteront Catia et Premiere à distance.

Ce serait mentir, et ce n’est pas notre propos.

“Le passage au virtual desktop, ou le client léger Cloud, ne se fait pas à la légère”

En effet le passage au virtual desktop, ou au client léger Cloud, ne se fait pas à la légère : il faut s’interroger sur la place et le rôle du fournisseur, mais surtout se réorganiser autour de la donnée et de son utilisation. Il sera ainsi essentiel de procéder à un audit et une classification méthodique des données qui seront distantes, et d’anticiper les cas de non-disponibilité de celle-ci, ou de responsabilités en cas de perte ou de vol.

“Le changement le plus complexe sera autour de l’utilisateur”

D’une façon générale, le changement le plus complexe sera autour de l’utilisateur. Les services SaaS sont souvent plébiscités par les utilisateurs, mais il faut néanmoins les accompagner dans l’utilisation de ce nouvel outil pour maximiser l’adhésion à ce service qui remplace ou complète leurs outils existants.

Pour autant, une révolution est doucement en train de s’amorcer : avec l’utilisation de plus en plus répandue de services SaaS, que reste-t-il vraiment aux applications traditionnelles, dites lourdes ? Quels sont leurs avantages ? Des fonctionnalités étendues réservées à un faible pourcentage d’utilisateurs avancés ? Une proximité du code et de la données qui rassure, au prix d’une installation souvent douloureuse et coûteuse ?